Nous trois ou rien

nous-trois

avec Kheiron, Leila Bekhti, Gérard Darmon, Zabou Breitman, Alexandre Astier..

Avant de commencer à parler du film, j’aimerais vous faire connaître le contexte.
Le réalisateur et humoriste Kheiron, qui est aussi l’acteur principal de ce film, raconte l’histoire de ses parents. Cet homme, qui s’est fait repérer dans le “Jamel Comedie Club” en 2006, ainsi que dans la mini-série “Bref” de Canal+ en 2011, est devenu au fil des années une personne aux multiples facettes. En effet, l’humoriste et acteur a également déjà été scénariste, metteur en scène, rappeur et réalisateur français.
Il a ainsi pu nous montrer ses multiples talents artistiques avec ce premier long-métrage réussi grâce à la richesse, l’originalité et l’efficacité de son scénario.

Concernant l’histoire, tout commence dans les années 70 en Iran, où Hibat (le père de Kheiron) ne supporte plus le régime du Shah. Avec ses amis, il milite à ses risques et périls pour plus de démocratie. Dès le début il est condamné à passer 10 ans en prison pour avoir contesté le Shah, et il est libéré au bout de 7 ans après de nombreuses tortures. Il rencontre alors Fereshteh, dont il tombe immédiatement amoureux. Ils se marient, deviennent parents. Entre temps, le Shah, qui a été renversé, fût remplacé par l’ayatollah Khomeini. Hibat n’arrête pas ses activités pour autant, et reste donc en danger car les répressions se font de plus en plus violentes. Il doit fuir le pays et Fereshteh veut absolument l’accompagner. Ils laissent leurs parents en Iran, et tentent de se construire une nouvelle vie dans une cité de la banlieue parisienne.

Je tenais à insister sur un point important du scénario qui est le style, mélangeant tragédie et comédie. Cette manière de raconter l’histoire est très originale et possède un côté positif mais aussi un coté négatif.
Premièrement mélanger ces deux styles d’écritures n’est pas à la portée de tous, car même si cela permet d’amener de la légèreté sur un sujet grave, on peut aussi très vite tomber dans la caricature. Dans ce film, Kheiron a su jouer sur l’humour dans de nombreuses scènes pour faire abstraction de l’horreur dont elles pouvaient faire preuve. Cependant, toute personne d’origine Iranienne connaissant l’histoire de son pays et ayant vu ce film, a pu être troublée par le fait que les événements politiques de l’histoire se passent toujours de façon à ce qu’aucune informations ne soit donnée. Par exemple, le militantisme d’Hibbat se limite à une poignée de réunions secrètes durant lesquelles aucun discours ne nous parvient, sinon quelques vannes anecdotiques, et il nous faut attendre que le fils d’Hibbat chante l’ « Internationale » (chant symbole des luttes sociales à travers le monde) plutôt qu’ « une souris verte » à l’école, pour qu’un semblant de piste politique soit défrichée. De même, parler de l’occupation du Shah, uniquement à travers l’incarcération du protagoniste, est comme une insulte envers l’histoire de ce pays.

Mais il faut quand même reconnaître que ce mélange de tragédie et d’humour, par ailleurs totalement délibéré, occasionne des moments géniaux. Comme les scènes de la séquestration d’Hibbat en prison iranienne (où apparaît d’ailleurs Kyan Khojandi en islamiste prosélyte, barbe de circonstances au menton) qui réussissent habilement à lier humour trivial et conditions de détention cauchemardesque. A mon sens, le réalisateur a réussi à faire voyager le spectateur par les musiques du film qui sont toutes très bien choisies pour chaque scène, en particulier celle de la séquestration qui est tout le contraire de ce qu’on aurait pu imaginer.

Le film se trouve dans un véritable paradoxe. D’un côté le réalisateur n’a pas mis assez de scènes réellement politiques pour dire qu’il s’agit d’un film “politico-social”, mais d’un autre côté il a réussi à amener un vrai discours humaniste très rafraîchissant, ce qui change véritablement de la production de comédies populaires françaises.
Pour conclure, malgré ces quelques maladresses “historiques” du scénario, ce film est vraiment à voir. Les scènes vraiment émouvantes et l’écriture riche vont vous faire voyager de l’Iran jusqu’en France, tout en ne bougeant pas de votre canapé.

Bon visionnage à tous.

– Elisa

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