The Big Shave

the big shave

Le court-métrage est un genre mineur qui n’est que trop peu souvent évoqué lorsque l’on parle du 7ème Art. Beaucoup de grands réalisateurs ont commencé par travailler avec ce format court. Véritable exercice de style, il permet à un cinéaste de prouver toute sa valeur, notamment à cause des contraintes qui lui sont, par définition, liées (temps, budget…). Quand il réalise The Big Shave, Martin Scorsese n’est âgé que de 25 ans, et pourtant, sa patte est déjà reconnaissable. Il dispose d’une vision du cinéma déjà très personnelle, et comprend comment extraire l’essence d’une image. La table de montage prend, sous son emprise, la forme d’une table d’opération chirurgicale.

The Big Shave est un huis-clos se déroulant dans une salle de bain. On entend une chanson jazzy jouée par une trompette. Le court-métrage, commence dans une propreté qui rappelle celle d’un hôpital, et les plans montrent une tuyauterie implacable, ainsi qu’un lavabo brillant. Ces éléments sont synchronisés avec la musique, pour créer un rythme plus esthétique. L’atmosphère apparaît comme immaculée aux yeux du spectateur,et tout est millimétré. Martin Scorsese montre déjà ses dons de chirurgien.

Arrive alors un jeune homme : il a les cheveux en bataille, et sa tenue nous permet de déduire qu’il vient de se réveiller. La scène se passe donc le matin. Il se positionne en face du miroir, et retire son tee-shirt. Le réalisateur procède à une découpe de trois plans, chacune avec un léger retard sur la précédente. Ce procédé crée un sentiment de flash-back, il déséquilibre l’action, et permet à la trame de rentrer dans une nouvelle partie. C’est dans ces moments-là, que l’on ressent tout le génie de Scorsese. Avec élégance, et sans un mot, il trompe le spectateur pour le faire avancer dans sa compréhension de l’image.

Le jeune homme commence à se raser, une première coupure apparait sur sa joue. La propreté précédemment dominante permet la création d’un choc visuel fort. Les coupures s’enchainent, bientôt la salle de bain se voit recouvrir de ce liquide rouge. La mise à mort est froide, quasi robotique, et offre une violence gratuite au spectateur. Ce jeune homme qui se lacère le visage finit par se trancher la gorge. Comme pour le tee-shirt, le cinéaste opère une mini-série de trois plans flash-back sur la mise à mort. Cette obscénité apparaît pourtant comme harmonieuse à l’œil du spectateur… C’est d’ailleurs cela qui donne tout un aspect dérangeant à cette œuvre. Pendant ce temps, la musique joue une tonalité enjouée qui contraste avec la scène, et le choc n’en devient que plus fort.

Le son de la trompette n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui d’une trompette militaire, et on peut voir écrit sur le générique de fin « Viet 67 ». Le film se veut être une métaphore de la jeunesse envoyée à la mort durant la guerre du Vietnam. Le jeune n’est donc pas réellement le cobaye du réalisateur, mais la marionnette de l’état. Scorsese se présente simplement comme celui qui capture ce concept au travers de l’image. Par ailleurs, le film finit sur un fondu au rouge, couleur qui, à l’époque, n’était pas très appréciée des américains, notamment à cause du message politique qu’elle véhiculait.
Sans une phrase, et avec simplement quelques images et une musique, Scorsese nous offre une histoire douée d’une narration complexe. Le rythme de l’image, les angles, ou encore la découpe : tous ces éléments bénéficient d’un savoir-faire unique d’un jeune homme qui était déjà plein d’avenir.

https://www.youtube.com/watch?v=N1T93rJ9p-s

-Sebastien

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s