Dheepan

Dheepan

A l’heure des marches de migrants en quête de terre d’accueil,  et de la reconstruction de murs de barbelés sentant à plein nez le rideau de fer, Dheepan, le film du réalisateur Jacques Audiard ayant reçu la palme du festival de Cannes semble « providentiel ». Un message politique derrière ? Dans sa victoire certainement, dans sa réalisation il faut le chercher. Adeptes d’humanitaire à la recherche de la morale et de la bienveillance à outrance, passez votre chemin, car vous serez déçus…

Certes, ce n’est pas la palme d’or la plus marquante que le festival ait décerné, mais la critiquer pour les raisons évoquées précédemment relève plus d’un excès de zèle de nos milieux intellectuels, que d’un réel outrage au cinéma.

Dheepan, c’est avant tout un western moderne avec sa dose de pathos et de tension. Audiard a piqué des éléments qui permettent de justifier le cadre spatio-temporel, mais en aucun cas en abandonnant son objectif implicite qui est, pour moi, de donner une nouvelle esthétique et ouvrir encore une fois de nouveaux horizons de création pour le cinéma.

Mais quittons quelques instants le domaine théorique, pour se pencher sur l’histoire.  Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer. La vie de cette cité est rythmée par un réseau de voyous distribuant de la drogue, et l’ensemble de ses habitants y pratiquent la loi du silence. Ces derniers s’occupent de donner du travail et de faire vivre les habitants.  Le problème, est que notre héros, qui est devenu le nouveau concierge de la cité, n’entend pas se plier aux règles de quelque caïd de bas-étage. Lui, il a connu la guerre, la violence, le sang, le cri et les pleurs,  et n’a pas peur de quelques petits gringos français avec des couteaux. Le film est un crescendo constant optant pour deux faces distinctes.

Une première calme et douce, montrant le difficile processus d’intégration de ces migrants qui ne connaissent rien de cette terre qui les accueille. Attention, l’utilisation de ces scènes prennent au pathos et au tragique, et non au social. Ceux sont des gens qui s’aiment, puis ne s’aiment plus, qui se comprennent grâce à leur culture commune, puis ne se comprennent plus.

Réussir le nouveau départ est difficile, les tensions grandissent avec les dealers de la cité, et au sein de cette « famille ». Le héros Dheepan se rend compte que la rupture doit être totale, car ses démons ne sont jamais loin. Arrive alors la deuxième partie, l’heure de la purgation des passions, l’arrivée de la guerre, car notre enfant-soldat entre en guerre contre les dealers, et en même temps un peu contre le monde entier. La scène d’affrontement est sans doute l’une des plus réussies de 2015. Son inconstance, symbolisée au travers de la vitesse de la scène extrêmement arythmique, et ce grain poussiéreux qui exacerbe et cache la violence, sont un plaisir malsain pour le regard. C’est sa dernière guerre, le dernier effort et notre héros pourra devenir un homme nouveau. Ça y est,  quelques coups de machettes plus tard, notre héros a réussi : il est libre.

– Seb

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